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Encore un immense prêt à taux zéro pour la France

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Si la dette française évolue d’une manière qui semble irréversible, la fluidité des marchés financiers joue pour le contribuable. Dans 2 jours la France souscrira un énorme prêt à taux zéro, après avoir fait de même à des taux négatifs depuis plusieurs mois déjà. Dans ce contexte les emprunts bancaires sont abordables, et l’endettement des ménages continue d’augmenter.

Un prêt à taux zéro de 8,5 milliards d’euros pour la France

En France, on n’a pas de pétrole mais on a du culot. Il y a précisément 1 an jour pour jour, l’agence Reuters annonçait la première émission d’obligations d’État à taux zéro, par France Trésor. À cette époque le contribuable avait emprunté pour 4,636 milliards d’euros gratuitement, qu’il devra rembourser en mai 2020.

D’ici à 2 jours l’État fera encore mieux, avec l’émission d’Obligations Assimilables du Trésor (OAT) pour un montant compris entre 7,5 et 8,5 milliards d’euros, toujours à taux zéro. Cette fois-ci il faudra le rembourser le 25 février 2019, tandis que les fonds seront versés dans les caisses de l’État le 25 janvier prochain.

Et il faut croire que la dette française attire les étrangers autant que le font les monuments de Paris et les plages de la Côte d’Azur. En septembre 2015, elle était détenue à 62,8 % par des investisseurs étrangers.

Mais qui voudrait placer son argent à taux zéro ?

La politique monétaire avantageuse de la Banque Centrale Européenne (BCE) permet d’envoyer des liquidités massives sur le marché, à raison de 60 milliards d’euros par mois. Et encore, son directeur M. Mario Draghi a même annoncé qu’il n’hésiterait pas à ouvrir davantage le robinet si nécessaire.

Alors avec des marchés financiers pris dans le tremblement de terre chinois après la tempête grecque, les investisseurs institutionnels (ceux que l’on appelle les zinzins) se retrouvent avec d’immenses fonds sur les bras. Ils font ainsi la même chose que ferait un particulier ayant perçu une prime : ils déposent leur argent dans une banque.

Et pour un zinzin, la banque en question est un état du G8 et de la zone euro. En fait ils ne placent pas leur argent dans la dette française, ils la protègent, et sont même prêts à payer pour cela. Prenons l’exemple d’un particulier disposant d’un lingot d’or. Plutôt que de prendre le risque de le perdre dans un cambriolage, il le dépose dans le coffre-fort de sa banque, et lui verse un loyer mensuel. En clair : il paye pour mettre son bien en sécurité.

Et c’est exactement ce que font les assurances et autres fonds sécurisés, qui plutôt que de risquer qu’une inflation n’érode les magots dont elles ont la charge, préfèrent les confier à l’État français.

C’est ainsi que la France emprunte à des taux négatifs depuis le 2 janvier 2015, date à laquelle elle a émis des bonds du Trésor qu’elle remboursera à -0,068 %. Et la saga continue, avec l’émission le 13 janvier 2016 d’obligations à 2 ans pour le taux négatif de -0,338 %.

Prêt à taux zéro, oui, mais la dette augmente

La France n’a pas toujours emprunté à taux zéro, loin de là. La fameuse OAT 10 ans, celle qui régit indirectement les taux des prêts immobiliers, a traversé bien des tempêtes. Si elle se souscrit aujourd’hui aux alentours des 0,9 %, elle fut pas mal chahutée il y a 14 ans, pour atteindre 5,34 % le 14 mai 2002.

Pendant ce temps, la France emprunte et l’addition s’allonge. À la fin 2012, l’encours de la dette négociable atteignait 1 386 milliards d’euros. À la fin novembre 2015 elle se monte à 1 584 milliards d’euros, en 3 ans le contribuable s’est donc alourdi de +14,3 %.

Mais attention, car il s’agit du capital dû, les intérêts ne sont pas comptabilisés dans ces chiffres. Au même titre qu’un ménage doit avoir suffisamment de reste à vivre une fois les mensualités de ses crédits payés, il doit rester à la France suffisamment de trésorerie pour régler ses dettes, une fois les rentrées fiscales et les dépenses prises en compte.

Seulement voilà, si le volume du PIB a retrouvé des chemins ascendants après la chute de -2,9 % en 2009, depuis 3 ans la croissance reste atone. La faculté d’emprunter à taux zéro est un rayon de soleil dans un ciel économique obscurci, elle permet à l’État de financer son propre prêt immobilier à taux zéro, sans trop alourdir le fardeau qui pèse sur les épaules du contribuable.

Pendant ce temps, les particuliers emprunteurs en profitent

Si la France peut se permettre d’emprunter gratuitement, voire même en faisant des bénéfices, les banques disposent elles-aussi de financement à des conditions particulièrement intéressantes.

En ce moment les 50 plus grandes banques européennes se prêtent entre elles à 0,05 % sans garantie, avec remboursement à 12 mois. Et encore, pour le même type de transaction remboursé en 9 mensualités et moins, le taux est négatif.

C’est dans ce contexte que les ménages français souscrivent des prêts immobiliers aux alentours de 2,20 %, et il n’y a pas de raison pour que la situation évolue, au moins jusqu’en juin. C’est également dans ce contexte que les sociétés de crédit proposent des prêts personnels sans justificatif en dessous de 3 %, à titre de promotion.

Profitant de cette aubaine après des années de disette, les ménages français empruntent pour s’équiper, qui d’un véhicule neuf, qui pour améliorer le confort de son logement. À un tel point qu’aujourd’hui la dette des ménages représente 55,8 % du PIB, contre 40 % en septembre 2005.

Le capitalisme, c’est comme le sucre, on ne peut pas s’en passer mais l’abus est dangereux pour la santé.

Quoi de neuf du côté des promos ?