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Scandale Wells Fargo : 2 millions de comptes bancaires falsifiés

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La 2e plus grande banque mondiale est dans la tourmente.

On connaissait les banques qui accordent des crédits immobiliers à taux variables non capés à des ménages insolvables. Il nous manquait à découvrir celle qui créé des comptes bancaires pour des clients sans autorisation, parfois même en falsifiant leurs signatures. Le scandale Wells Fargo est en train d’éclater aux États-Unis, s’invitant dans la campagne présidentielle.

Comptes et moyens de paiement fictifs pour atteindre les objectifs

Toutes les agences bancaires du monde ont des objectifs annuels à atteindre. Il s’agit généralement de souscription de produits d’assurance, d’épargne, et bien entendu d’ouvertures de comptes courants avec carte de crédit. Pour y arriver, la stratégie du conseiller clientèle de base est la rapidité : « Ben on n’a qu’à commencer par ouvrir un compte, ça coûte rien et c’est rapide ». Rien de bien méchant, car l’ouverture se fait avec et en face du client.

À la Wells Fargo, pendant de nombreuses années plus de 5000 salariés ne se sont pas souciés de la présence des intéressés. En 5 ans ils ont ainsi frauduleusement ouvert 2 millions de comptes bancaires, accompagnés de 565 000 cartes de débit et de crédit. Et pendant toutes ces années les clients ont dû payer des frais de tenue de compte, jusqu’à ce que le pot aux roses soit découvert par le Los Angeles Times à l’hiver 2013.

La Wells Fargo en pleine tempête

Le patron de la Wells Fargo, John Stumpf, pensait pouvoir acheter la clémence du sénat américain avec 190 millions de dollars. C’est ce qu’a proposé l’institution financière qui à la fin juillet 2013, devint la plus grosse capitalisation bancaire avec 236 milliards de dollars.

Alors forcément cette tentative exaspère le Sénat américain. D’autant plus que Carrie Tolstedt, responsable de la banque de détail chez Wells Fargo depuis plusieurs années, n’était pas présente à l’audition du 20 septembre. Madame Tolstedt partira à la retraite avant la fin de l’année, l’esprit allégé de toute malversation, et les poches alourdies de bonus annuels de 20 millions de dollars versés entre 2010 et 2015, selon une source du Wall Street Journal.

Les appels à la démission se multiplient pour John Stumpf, et les marchés réagissent. JP Morgan estime désormais la valeur des parts de Wells Fargo à 48 $ au lieu des 50,80 dollars de cotation au 31 août. Et effectivement hier la valeur de l’action clôturait à 46,56 dollars sur le NYSE, pour ouvrir encore à la baisse aujourd’hui.

Le journaliste économique Patrick W Watson démarre sa rubrique dans le magazine Forbes par un constat sans appel : « la semaine dernière, nous avons appris que Wells Fargo, ostensiblement la plus digne de confiance des institutions trop grandes pour tomber, n’est plus du tout digne de confiance ».

Hillary Clinton promet de faire le ménage

Droit dans ses bottes, John Stumpf présente ses excuses aux sénateurs, nie l’existence d’une fraude organisée à haut niveau, et endosse « l’entière responsabilité pour toutes ces pratiques commerciales malhonnêtes ». Mais cela ne suffit pas à éviter la salve du Sénat américain, bien au contraire.

Élisabeth Waren, sénatrice démocrate du Massachusetts citée par les Échos, s’emporte : « Une caissière qui vole une poignée de dollars est tenue responsable, mais les patrons de Wall Street ne le sont jamais, même lorsque, comme en 2008, ils mettent l’économie à terre ».

Et les boulets rouges viennent également du camp adverse. Plus pragmatique, le sénateur républicain du Tennessee Bob Corker accuse à demi-mot : « Comment est-il possible qu’avec toutes les données dont vous ­disposez, personne n’ait sonné l’alarme ? ».

C’est dans ce contexte qu’Hillary Clinton annonce vouloir mettre fin à « la culture de la mauvaise gestion et de l’imprudence ». L’idée de la candidate démocrate est de mettre en place des outils juridiques, permettant de récupérer les rémunérations des dirigeants de banques impliquées dans ces scandales financiers.

Car la classe politique américaine ne croit pas à la bonne volonté des dirigeants de la Wells Fargo. Cité par capital.fr, le sénateur démocrate de l’Ohio Sherrod Brown avance des pressions internes, qui obligeaient les opérateurs à « [voler] l’argent durement gagné de leurs clients pour conserver leurs emplois mal payés et faire gagner de l’argent aux dirigeants bien payés de Wells Fargo ».

Quand la justice américaine Condamne les banques fautives

Entre les promesses de campagne d’Hillary Clinton et le durcissement de la législation, il y a un fossé de la taille du grand canyon. Pour autant les législateurs américains et leur arsenal juridique ont tapé du poing sur la table depuis la crise des subprimes de 2008. Les responsables ont dû payer, à l’image de Goldman Sachs obligé de rembourser les ménages floués. Morgan Stanley, Citigroup, JP Morgan et Bank of America ont dû mettre la main à la poche, pour un montant cumulé de près de 40 milliards de dollars.

Plus récemment, la Deutsche Bank s’est vue réclamer 14 milliards de dollars pour avoir vendu des produits toxiques à des investisseurs. Mais pour ces géants de la finance, il s’agissait de malversations commerciales. Dans le cadre du scandale Wells Fargo, il pourrait bien y avoir des poursuites civiles engagées par des particuliers estimant avoir été escroqués.

Sans parler des anciens employés licenciés pour faute grave, qui ne manqueront pas d’intenter un procès contre leur ancien employeur. Il semble que les problèmes de la Wells Fargo ne fassent que commencer.

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