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Bulle obligataire : quels scénarios en cas d’explosion ?

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De sombres nuages planeraient-il au-dessus de l'économie mondiale ?

Hier mardi 14 juin est à marquer d’une pierre blanche : l’Allemagne a emprunté à 10 ans au taux négatif de -0,023 %. Furieux, les investisseurs institutionnels, les zinzins pour les intimes, crient à la menace d’une bulle obligataire de plus en plus enflée. Voici comment on en est arrivé là, et quelles pourraient être les conséquences d’un autre cataclysme financier pour le ménage français.

La bulle obligataire, qu’est-ce que c’est ?

1- Au commencement, la nécessité de refinancer les états

Lorsque la crise des subprimes américaines se répandit sur la planète en 2008, les banques se retrouvèrent vite à court de liquidités. Les grosses locomotives économiques du monde virent leur croissance chuter, certaines comme l’Allemagne et la France passèrent en récession. Elles perçurent donc moins de rentrées fiscales, et eurent ainsi plus de difficultés à rembourser leurs dettes.

Afin d’éviter une faillite des État, les banques centrales s’engagèrent à racheter certaines dettes souveraines, au travers d’une manipulation appelée Quantitative Easing, QE pour les intimes.

2- Effet inévitable : les taux des obligations deviennent négatifs

En conséquence les dettes émises par les pays de la zone euro, la Suisse, les États-Unis et le Japon, devinrent sûres car garanties d’être payées. Le problème est qu’elles s’échangent sur un marché secondaire, au gré de l’offre et de la demande. Lorsque la croissance mondiale est atone, les grandes entreprises, les fonds d’investissement et les assureurs se tournent donc vers ces valeurs sûres.

La demande augmente, et de plus en plus de ces investisseurs institutionnels (nos fameux zinzins) sont prêts à accepter moins de rendement, car ils savent qu’ils pourront les revendre par la suite aux banques centrales.

On en arrive donc à un moment où les taux de rendement passent en territoire négatif. Ainsi à ce stade les zinzins investissent volontairement à perte, un peu comme si le client d’une banque acceptait de payer pour y déposer son argent.

Alors pour compenser le fait qu’ils vont devoir payer pour investir, ils revendent leurs obligations à d’autres zinzins, pour plus cher, sur le marché secondaire. Ils trouvent rapidement preneur car ces titres sont assurés d’être rachetés par la Banque Centrale Européenne, la Fed des USA, la Bank Of Japan ou La Banque Nationale Suisse.

3- Et la bulle obligataire craque

Plus le temps passe, plus les obligations voient leurs taux de rendement baisser alors que leur valeur augmente. À un moment donné les taux seront tellement négatifs, que les investisseurs ne voudront plus acheter. Dès lors qu’il y aura moins d’acheteurs les prix diminueront, car il faudra bien appâter le client.

Ceux qui possèdent déjà ces créances se retrouveront donc avec une valeur en baisse, pour un rendement négatif.

Plus aucun zinzin ne le sera assez pour acheter des obligations d’État. Tous ceux qui en détiendront déjà perdront de l’argent. Les états ne pourront plus se financer pour rembourser leurs dettes, privant ainsi tous les zinzins de leur capacité à rembourser les leurs.

Et boum, la bulle obligataire explose.

Conséquences pour l’économie française

1- Les remboursements des crédits à taux variable augmentent

Aujourd’hui les 50 plus grandes banques européennes se prêtent entre elles à court terme et sans garantie à des taux négatifs, c’est l’indice Euribor. Mais dès lors qu’elles commenceront à être à court de cash, elles seront obligées de remonter leurs taux. Ainsi tous les emprunteurs de la zone euro ayant souscrit des crédits à taux variable, subiront une augmentation de leurs mensualités.

Ce ne sera quasiment pas le cas pour le ménage français, particulièrement attaché au taux fixe. Toutefois les Allemands, les Espagnols et les Belges verront leurs échéances prendre un peu plus de place dans leur budget. De l’autre côté de la Manche les Anglais dégusteront aussi, privés de la force du marché européen s’ils auront choisi le brexit. De l’autre côté de l’Atlantique, les Américains n’y échapperont pas non plus.

2- L’économie chinoise au bord de l’explosion

Le FMI estime que le surendettement des entreprises chinoises atteint 145 % du PIB aujourd’hui. Une fois la bulle obligataire en phase de dégonflage, l’argent deviendra plus cher, et la Chine éprouvera du mal à faire fonctionner la planche à billets pour financer son économie.

Or Pékin aura besoin d’injecter de l’argent dans son système, afin d’éviter que les ménages, les collectivités locales et les entreprises ne se retrouvent les poches vides. Et pour cela l’empire du milieu aura besoin d’emprunter, mais les zinzins qui ne le sont pas tant que cela, savent que si le Yuan perd trop de valeur, les marges des entreprises diminuent. Si la perte est trop grande, elles risquent la faillite. En cas de faillite il y aura du chômage, et donc des ménages incapables de rembourser leurs dettes.

Et boum, la bulle économique chinoise explose.

Or si la Chine se retrouve dans la tourmente, les commandes aux entreprises françaises qui y exportent vont diminuer. Même scénario pour les autres partenaires européens, américains et japonais, qui voient leur chiffre d’affaires diminuer, et ainsi s’inverse la courbe de la croissance.

3- La bulle obligataire fait chuter le rendement de l’épargne des Français

L’année dernière, la collecte totale en assurance-vie s’est élevée à 208 milliards d’euros, dont 56 % en support euros pour un rendement moyen de 2,30 %. On s’attendait à pire, eu égard au fait que les investisseurs institutionnels ont du mal à trouver du rendement.

Mais une fois que la bulle obligataire aura explosé, les dettes d’État deviendront pestiférées. Quant aux assurances vie en unités de compte exposées sur les marchés boursiers, elles entameront une longue chute. Au final les rendements de l’épargne diminueront.

Alors pour compenser, particuliers et zinzins se tourneront vers l’immobilier. Les premiers chercheront à investir dans le locatif pour un complément de retraite, les seconds s’interesseront aux grands projets, comme des centres commerciaux ou des bureaux. Or cet afflux de demandes par rapport à l’offre existante, créera invariablement une hausse des prix du m².

Les loyers sont plafonnés au sein du dispositif Pinel, et ceux qui investissent dans le secteur libre n’ont pas intérêt à les augmenter. Au final, le rendement locatif diminue.

4- Les Français empruntent plus cher

Pour éviter que la bulle obligataire n’enfle de trop, à un moment donné l’une des banques centrales va devoir se décider à augmenter ses taux directeurs la première. Un peu plus tard les autres vont suivre, dans une volonté de rendre l’argent plus cher afin d’éviter d’en produire trop.

La conséquence en sera une légère hausse des taux d’emprunt immobilier et consommation, qui ne manquera pas d’amputer un peu plus le rendement des investissements locatifs. De quel côté que l’on regarde, les ménages auraient plutôt intérêt à concrétiser leur projet maintenant pour se mettre à l’abris. Car au bout du compte, c’est toujours le consommateur qui paye.

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