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Les crédits français inquiètent Bâle et Francfort

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Augmenter le fonds propre des banques pour amortir les crises financières à venir.

La moyenne des taux des prêts immobiliers est descendue à 1,77 % en France, son plus bas niveau depuis 60 ans. Les crédits français coûtent moins cher que chez les voisins européens, autant pour acheter un logement que des biens de consommation. Mais cela ne plaît pas à tout le monde, notamment la BCE (Banque Centrale Européenne) et le comité de Bâle voudraient bien voir les enseignes françaises changer de méthode.

Le taux fixe français fait peur aux technocrates

Le métier d’un banquier est d’emprunter pour prêter, au même titre qu’un marchand achète pour vendre. Mais s’il emprunte il doit aussi rembourser, et pour rembourser il doit gagner de l’argent. Et pour cela il doit prêter au jour le jour, sans garantie, à d’autres enseignes concurrentes. Seulement voilà, quand les taux interbancaires sont négatifs comme en ce moment, il risque d’y laisser des plumes.

Car les crédits immobiliers et consommation souscrits en France, sont majoritairement à taux fixe. Les mensualités des emprunteurs restent inchangées, alors qu’en revanche la trésorerie dont disposent les prêteurs pour rembourser leurs propres prêteurs, peut faire les montagnes russes.

Et comme le rappelle le directeur général de Nexity, Alain Dinin dans une tribune postée sur lemonde.fr, le système du taux fixe donne des frissons à la BCE et au comité de Bâle. La planche à billets de la zone euro et le régulateur des banques voudraient bien que les crédits français se mettent au taux variable. Il s’agirait de régler le montant des mensualités sur l’indice EURIBOR, les faisant ainsi naviguer au gré des vents de la météo des marchés interbancaires.

Les taux des crédits Français parmi les plus bas de la zone Euro

Et pourtant il faut croire que la méthode française marche, car la moyenne des taux immobiliers fixes y est inférieure à celle des taux variables de la zone Euro. D’après les données de la Banque de France, elle s’établissait à 1,86 % en avril (sur les mensualités révisables annuellement), alors qu’elle était fixe à 1,81 % en France. En mars, l’encours des crédits à l’habitat continuait de progresser de +3,7 % en 1 an, à  1059 milliards d’euros.

Mais la différence est encore plus criante du côté des taux à la consommation. Dans la zone Euro, la moyenne variable s’établissait à 5,14 % en mars, contre 4,48 % en France. Il faut dire que les banques prêtent en fonction des revenus des demandeurs, et ça aussi ça inquiète les cadres de la BCE et du comité de Bâle.

Passer les crédits français à la méthode « loan to value »

Lorsqu’un ménage souhaite acheter un logement, on commence par calculer sa capacité d’emprunt pour un taux d’endettement de 33 %. Rares sont les cas où banques accepteront de prêter, lorsque les nouvelles mensualités représenteront plus d’un tiers des revenus imposables nets des demandeurs.

On accorde des exceptions lors de la période transitoire d’un prêt relais, ou lorsque que les revenus des candidats emprunteurs sont relativement élevés, laissant un important reste à vivre ainsi qu’une forte capacité d’épargne.

Lorsque les taux immobiliers sont hauts, les banques rechignent à prêter sur la totalité du prix du logement convoité. Mais lorsqu’ils sont au plus bas depuis 60 ans comme en ce moment, elles acceptent de prêter sur 100 % de la valeur. Et comme le rappelle Alain Dinin, c’est justement cette méthode income lending qui ne plaît ni à la BCE, ni au comité de Bâle.

Ces derniers préféraient voir les banques françaises appliquer le principe du loan to value, c’est-à-dire en respectant un ratio maximum de prêt par rapport à la valeur du bien immobilier. Si par exemple ce ratio était de 80 %, un ménage souhaitant acquérir un appartement à 200 000 € ne pourrait emprunter que 160 000 €. Il devrait se débrouiller pour trouver les 40 000 € restants, sans oublier les frais d’achat qui peuvent atteindre 10 % dans l’ancien.

On imagine les dégâts que causerait une telle mesure sur des marchés automobiles et immobiliers en pleine forme, générateurs d’emploi et de rentrées fiscales.

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