Accueil Immobilier La crise italienne va-t-elle faire baisser les taux immobiliers ?

La crise italienne va-t-elle faire baisser les taux immobiliers ?

mise à jour: 4 février 2019
Rome, Italie
La défiance des marchés obligataires envers l'Italie profite à la France.

Le 31 mai l’Italie s’est finalement dotée d’un gouvernement 90 jours après les élections. Mais si les eurosceptiques convaincus ont été éloignés, les nouveaux ministres ne semblent pas convaincre la sphère économique. Sur les marchés obligataires les investisseurs prennent peur et se réfugient sur la dette française, ce qui pourrait faire (encore) baisser les taux immobiliers.

Quel rapport entre la crise italienne et les taux immobiliers des Français ?

Les analystes des banques calculent les taux des crédits qu’ils accordent aux particuliers, en fonction du rendement des obligations françaises remboursables à 10 ans. Ces bons d’État couramment appelés OAT 10 ans, servent de référence pour évaluer la confiance des investisseurs (entreprises, caisses de retraite, fonds divers…) envers un pays.

Plus la confiance est élevée, moins la dette est risquée, moins son rendement est important. On dit aussi que la dette ne vaut pas cher. À l’inverse, plus les investisseurs se méfient et plus ils considèrent les obligations d’État risquées. Ils tiennent alors à être mieux rémunérés pour en acquérir. Le rendement des obligations est alors plus élevé, on dit que la dette vaut cher.

Or par tout un jeu de mécanique financière, plus le rendement des OAT 10 ans est bas, plus le taux d’intérêt des prêts immobiliers des particuliers est bas. Et justement la situation italienne ne semble guère rassurer les marchés. D’après une analyse du quotidien économique leséchos.be, en mai les obligations italiennes à 10 ans donnaient un rendement de 1,75 %. En ce moment les investisseurs en veulent 2,5 % par peur que la situation financière du pays ne dégénère.

Et comme il faut bien ajouter une dose de sécurité dans un portefeuille, les investisseurs se tournent alors vers les valeurs sûres que représentent la France et l’Allemagne. Davantage de fonds se portent acquéreurs des obligations françaises à 10 ans, ce qui permet aux algorithmes de l’agence France Trésor de proposer un rendement plus faible.

Ainsi depuis le 25 mai les OAT 10 ans Françaises ne permettent qu’un rendement en dessous de 0,71 %. Le 31 mai les investisseurs ont même dû se contenter de 0,665 %. Une fourchette au plus bas depuis le début de l’année, ce qui pourrait promettre une baisse des taux immobiliers et un bol d’air bienvenu pour les banques.

Contrer la hausse des prix du m²

De février à avril 2018 le nombre de prêts immobiliers accordés a chuté de -15,4 %, par rapport aux 3 mois précédents (source : observatoire CSA/Crédit Logement). En cause : des prix des logements anciens en hausse de +1,9 % sur la même période.

Certes le marché de l’immobilier a vécu ses heures de gloire en 2017, mais l’on s’attendait plutôt à une stagnation des ventes. Désormais on compte moins d’acheteurs que de vendeurs dans la plupart des grandes villes de France. Alors pour conserver un certain dynamisme les banques pratiquent des taux bas sur longue durée, et ce depuis plusieurs mois.

Si la défiance des investisseurs envers le gouvernement italien continue, le rendement des OAT 10 ans pourrait s’afficher à la baisse. Au bout du compte les banques disposeraient de plus d’espace budgétaire pour proposer des taux immobiliers encore meilleurs aux Français. Et justement les chiffres appuient cet argument.

Nouveau gouvernement italien : entre soulagement et inquiétudes

Le monde de la finance pousse un ouf de soulagement. Le farouche opposant à l’euro, Paolo Savona, ne sera pas ministre des finances. C’est finalement Giovanni Tria l’euro enthousiaste qui le remplace, le traumatisme du brexit ne se répétera donc pas. En revanche des défis de taille attendent ce gouvernement hétéroclite.

D’ici à 5 ans l’Italie doit rembourser 1000 milliards d’euros. Elle devra emprunter pour le faire, mais à des taux plus élevés car son économie n’inspire plus confiance. Même une entreprise emblématique comme Fiat Chrysler se voit obligée d’émettre des obligations à 5 %, contre 4,3 % il y a 1 mois. La hausse du coût du financement des entreprises pourrait obliger leurs dirigeants à réduire les investissements, dans un contexte où le taux de chômage atteignait 11,2 % en avril.

Inévitablement le scénario d’une crise financière en 2019 refait surface. Mais le nouveau gouvernement italien a des idées pour y remédier : baisse des dépenses, baisse de la fiscalité. Un programme pas forcément ambitieux, alors que la 3e économie de la zone euro affiche une croissance de +1,5 % de son PIB pour une balance excédentaire de 2,8 %.

Mais d’ici que la situation s’améliore outre Alpes, les Français auront peut-être eu le temps d’en profiter pour acheter de l’immobilier à des taux encore plus bas.

Fabien Belleinguer

Fabien Belleinguer

Éditeur chez Emprunter-Malin.com
Blogueur sur les thèmes de l'argent et l'immobilier depuis 2012, je suis radin, suspicieux, mais toujours poli. Autodidacte, je choisis mes sources d'information avec soin et les analyse en toute indépendance.
Fabien Belleinguer