Accueil Actualités

L’étrange brevet de Facebook pour déterminer votre capacité d’emprunt immobilier

Le géant des réseaux sociaux vient de déposer un brevet, dont l’objet est d’aider les banques à déterminer le profil d’un emprunteur potentiel. Quant au principe, il promet de bouillants débats sur la discrimination et l’utilisation des données privées. Car il ne s’agit ni plus ni moins que de mettre en avant la capacité de remboursement d’un individu, en fonction de celle de ses amis Facebook.

Qui se ressemble s’assemble sur les réseaux sociaux ?

Tout le monde a déjà entendu parler de Big data, nom donné par les médias au marché de l’étude comportementale à des fins de marketing. « Dis-moi ce que tu tweetes, je te dirai ce que tu aimes ». Et les débouchés ne manquent pas, du dentifrice aux vacances à la plage, en passant par le marché du crédit immobilier.

Bien entendu, Facebook n’entend pas rester à la traîne sur ce très juteux secteur. D’après une information publiée par Qz.com et relayée par lefigaro.fr, le réseau social de Mark Zuckerberg vient de déposer un brevet qui fait d’ores et déjà froncer les sourcils sur la toile. Le principe : permettre aux banques et sociétés de crédit d’étudier le sérieux d’un demandeur de prêt immobilier, en assignant une note de capacité de remboursement globale à ses amis Facebook.

La description du brevet ne laisse pas de place au doute : « lorsqu’un individu demande un prêt, le prêteur examine le score de crédit des membres de son réseau individuel… ». Puis « si la moyenne du score de ces membres atteint un minimum, le prêteur continue le procédé de demande de prêt ». Mais « sinon, le prêt est rejeté ».

En clair, si les amis Facebook d’un accédant à la propriété ne sont pas de bons payeurs, alors lui non plus ne l’est pas.

Capacité d’emprunt immobilier discriminatoire ou idée loufoque ?

Le brevet ainsi déposé par le pionnier des réseaux sociaux, n’a apparemment pas pour l’instant débouché sur la mise en œuvre d’une véritable application. D’autant plus que le principe se heurte à des lois anti-discrimination, et surtout à la logique bancaire. Comment peut-on juger de la capacité d’emprunt immobilier d’un individu, sur le seul fait que les membres de son réseau sont des paniers percés ?

Et vice versa, qu’est-ce qui fait croire à une banque qu’un accédant à la propriété est un bon gestionnaire, sous prétexte qu’il échange des photos et des vidéos avec des individus qui le sont ?

Mais surtout, pour l’instant aucune explication n’est avancée sur la manière dont l’utilisateur de la plate-forme pourra déterminer le profil bancaire des amis du demandeur…

À ce stade il est donc difficile de dire si ce brevet verra le jour au travers d’une application, ou s’il n’ira pas plus loin que le document officiel sur lequel il est rédigé.

Des algorithmes comportementaux pour évaluer la capacité d’emprunt immobilier

Si horrifiées que puissent l’être les associations de défense des consommateurs, non seulement l’idée n’est pas nouvelle, mais elle est utilisée de plus belle lurette. Un marketeur de base sait déterminer quel type d’individu est plus apte à acheter tel paquet de lessive ou telle police d’assurance, par le seul fait qu’il préfère regarder un match de foot plutôt que de lire l’édito politique du Monde.

En ce moment même, une centaine d’entrepreneurs travaillent sur des programmes informatiques capables de trier les utilisateurs de réseaux sociaux par panel de consommateurs. Un petit groupe d’entre eux a d’ailleurs séduit la Cross River Bank avec son système d’achat à crédit. À travers le site Affirm.com, les ménages américains peuvent faire leurs emplettes et ne les payer que par mensualités. Jusque-là rien de nouveau, sauf que l’étude de solvabilité des acheteurs se fait notamment à l’aide de leur comportement sur les réseaux sociaux.

Mais la concurrence est active. Il y a d’abord Earnest, autre start-up spécialisée dans l’étude comportementale, qui ne laisse rien au hasard. Son modèle prend en considération des centaines de paramètres, du temps passé à lire les CGV à la manière de renseigner son nom et son prénom. La page About us (qui sommes-nous) du site présente l’équipe dirigeante comme une bande de joyeux mathématiciens, bien décidés à aider le particulier à emprunter différemment. Info ou intox ? Cela mériterait bien un test comparatif avec une société de crédit classique.

Il y a aussi Zestfinance, qui n’hésite pas à vanter sa spécialité dans l’étude du « Big data combiné avec des modèles de crédit prouvé ». Ses créateurs se font fort de mettre leurs compétences à la disposition des fameux « Pay day Loan », forme de crédit renouvelable qui consiste en une avance sur salaire à des taux délirants.

Aujourd’hui si de nombreuses voix s’élèvent pour encadrer ces pratiques, il reste que les marketeurs ont une bonne longueur d’avance sur le Législateur.

Pour aller plus loin :

Posez vos questions, commentez

commentaires