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921 milliards d’euros de prêts non performants en zone euro

mise à jour: 19 décembre 2018
Crédit impayé
La BCE s'inquiète du niveau des mauvais crédits dans la zone euro.

La BCE (Banque Centrale Européenne) vient de publier ses lignes directrices concernant le traitement des prêts non performants. Au 3e trimestre 2016 ils représentaient 921 milliards d’euros au sein des pays de la monnaie unique. Les banques pourraient ainsi devenir plus prudentes lors de l’attribution de crédits aux moins bons profils d’emprunteur.

Les crédits non performants, qu’est-ce que c’est ?

C’est en avril 2016 que le comité de Bâle officialise la description des crédits non performants, NPL (Non Performant Loans) pour les intimes. Ainsi dès lors qu’un emprunteur « interrompt le remboursement du prêt ou des intérêts », la banque considère la dette comme une créance douteuse.

Lorsque le retard dans le paiement de mensualités dépasse 90 jours, la créance douteuse devient un prêt non performant. On considère alors que toutes les autres dettes souscrites par l’emprunteur en difficulté, sont des crédits non performants. La BCE précise que le cas de figure se présente lorsqu’un emprunteur « perd son travail et ne peut rembourser à la banque son prêt hypothécaire dans les délais ».

S’ensuit alors une situation de surendettement traitée par la Banque de France, ou par le tribunal de commerce pour les TNS (Travailleur Non Salarié).

921 milliards d’euros de crédits non performants en zone euro

D’après le calcul de la BCE, les prêts non performants s’élèveraient à 921 milliards d’euros au 3e trimestre 2016. Ce chiffre regroupe les entreprises et les particuliers, n’ayant pas versé au moins une mensualité d’au moins 1 de leurs crédits, au cours des 90 derniers jours.

Selon les chiffres de l’OCDE, ces dettes dangereuses représenteraient 3,9 % de l’ensemble des dettes détenues dans le monde, par les ménages et les entreprises. On n’est donc pas bien loin des 4,2 % de 2009, lorsque la crise des subprimes explose aux États-Unis et se répand sur la planète.

Il semble d’ailleurs que la France ne soit pas bien placée pour donner des leçons, avec 3,9 % de crédits nons performants, contre 1,47 % aux États-Unis et 0,6 % au Canada. En Europe le mauvais élève est la Grèce, dont les banques détiendraient 37 % de NPL. En Serbie, l’OCDE recense environ 21 % de prêts particuliers et professionnels difficilement remboursables.

La BCE appelle les banques à la prudence

Dans son communiqué, « la BCE admet que réduire les niveaux élevés de NPL prendra du temps ». La banque centrale se garde bien de donner des objectifs quantitatifs, mais exhorte les banques à mieux gérer les risques. Théoriquement cela pourrait signifier un durcissement dans l’octroi des crédits destinés à l’habitat et à la consommation.

Toutefois les banques physiques traditionnelles sont généralement l’incarnation de la prudence. Elles n’accordent pas de prêt immobilier lorsque le taux d’endettement futur des demandeurs dépasse 33 % de leurs revenus nets. Toutefois les emprunteurs n’ont pas besoin de ces structures pour s’endetter, en Angleterre ils peuvent le faire avec un Smartphone.

L’enquête typologique du surendettement de la Banque de France, montre que le revenu annuel moyen du surendetté se limite à 20 337 €. C’est bien peu au regard de l’endettement moyen de 42 334 €. Car en pratique les sociétés de crédit implantées en grande surface, ou fonctionnant essentiellement en ligne, n’effectuent que peu de contrôles sur la solvabilité des candidats emprunteurs.

Au final, le surendetté moyen français se retrouve avec 3,3 dettes de consommation, 1,6 dettes immobilières et 1,2 découverts bancaires sur les épaules.

Rallonger la durée des remboursements pour conforter les dettes

Les banques ne disposent que de peu de marge de manœuvre face à des crédits non performants. Leur première arme est l’anticipation, en demandant aux moins bons profils d’emprunteur de souscrire une assurance crédit incluant la garantie chômage. Ainsi en cas de perte d’emploi, les prestations sociales prennent le relais, puis au bout du compte l’assureur se déclenche prenant en charge les mensualités en tout ou partie, pendant un certain temps.

Les banques peuvent aussi revendre leurs créances à des investisseurs, se débarrassant ainsi de la patate chaude dans les mains de quelqu’un d’autre. Toutefois si des sociétés financières se spécialisent dans le rachat de créances douteuses, elles se tiennent à l’écart des prêts non remboursés depuis plus de 90 jours.

Une banques a d’ailleurs davantage à gagner en établissant un plan de restructuration. Elle peut ajouter un avenant au contrat de crédit, permettant le report des mensualités pour une certaine période, moyennant le paiement d’intérêts intercalaires. Elle peut également rallonger la durée des remboursements, de manière à adapter le montant des mensualités aux revenus de l’emprunteur.

Fabien Belleinguer

Fondateur, administrateur et éditeur du site emprunter–malin.com, titulaire d'un bac de comptabilité (G2) obtenu en 1987. Blogueur sur les thèmes de l'argent et des assurances des particuliers depuis 2012, je choisis mes sources pour la pertinence de leurs chiffres et les analyse en toute indépendance. Pour les prix de l'immobilier : notaires, baromètre LPI SeLoger, baromètre FPI. Pour les taux des crédits : Banque de France, observatoire CSA/Crédit Logement.

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