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Aux États-Unis, les mauvais crédits auto menacent l’économie

mise à jour: 1 mai 2019
SUV sur une route de campagne
Les crédits auto roulent trop vite aux États-Unis.

Les défauts de remboursement sur les crédits auto des États-Unis dépassaient les 23 milliards de dollars au 4e trimestre. Un chiffre beaucoup plus élevé que l’année dernière à la même époque, qui arrive au moment où l’on se rappelle que les banques européennes détiennent 921 milliards d’euros de créances impayées. Le défaut de remboursement des automobilistes américains pourrait créer une crise économique, même si les analystes se veulent rassurants.

Les mauvais crédits auto sont de plus en plus nombreux aux USA

Aux États-Unis les prêts à la consommation et crédits immobiliers accordés à des ménages difficilement solvables, sont appelés subprimes. Le principe est simple : on accorde un prêt à des classes moyennes qui ne savent pas lire entre les lignes d’un contrat. On leur fait signer à taux variable, généralement non capé, c’est-à-dire pouvant augmenter en suivant un indice obscur.

Depuis 1 an déjà les lanceurs d’alerte préviennent sur le problème des subprimes sur crédit auto aux États-Unis. Au premier trimestre 2016, les défauts de remboursement au pays de l’Oncle Sam s’élevaient à 16,80 milliards de dollars (source : newyorkfed.org). Au 4e trimestre 2016 la note d’impayés grimpe à 23,27 milliards de dollars, soit 39 % de plus en seulement 12 mois. C’est également au-delà du pic atteint au 3e trimestre 2008, en plein milieu de la crise économique.

Quand les banques ne peuvent plus payer leurs propres dettes

Le problème des mauvais crédits auto est que les banques et sociétés de crédit qui les ont accordés, ont elles-mêmes dû emprunter à d’autres. Dès lors que les conducteurs ne peuvent plus rembourser, les banques doivent emprunter pour payer leurs dettes, et/ou puiser dans leurs propres réserves. Les analystes de Deutsche Bank, cités par leséchos.fr, avancent ainsi que le nombre de ces prêts autos subprimes représenterait 20 % de la totalité des crédits auto aux États-Unis.

Chez UBS on estime à 1 250 milliards de dollars l’encourt de ces prêts accordés à des emprunteurs, pouvant présenter des défauts de remboursement. Arrivés à un certain volume, les défauts pèsent de plus en plus dans la comptabilité des banques, jusqu’à ce que la plus faible d’entre elles ne soit plus en mesure d’honorer ses propres dettes. Comme elle ne pourra pas payer ses créanciers, ces derniers se trouveront eux-mêmes en défaut par rapport à d’autres sociétés financières, et les dominos tombent un à un.

Ce type de scénario s’était déroulé sur le marché de l’immobilier. Il a fallu quelques années pour que la construction reprenne outre-Atlantique.

Pas assez pour provoquer une nouvelle financière

Il n’y a guère que chez Morgan Stanley que l’on s’inquiète. Le cabinet d’études avance que 33 % des crédits titrisés (revendus à des fonds d’investissement) contiendraient ces fameux mauvais prêts auto. Chez UBS on temporise en rappelant que la totalité des dettes à risque est inférieure à son niveau de 2009, en pleine crise économique.

Steve Eisman, fondateur de Emrys Partners, rappelle dans les colonnes de Bloomberg que les défauts sur les crédits auto aux États-Unis ne seront pas suffisants pour faire écrouler l’économie. Pour rappel, Steve Eisman avait fait fortune en pariant sur l’effondrement des mauvais crédits immobiliers. Difficile à dire s’il temporise pour mieux réussir son coup une 2e fois, ou s’il pense vraiment que le risque est limité. Toujours est-il que Steve Eisman est également celui qui a mis en garde l’Europe l’année dernière, contre les mauvaises créances qui dorment dans ses coffres.

921 milliards d’euros de crédits non performants

S’il sera difficile à un ménage en difficulté financière de faire restructurer ses dettes, pour une grosse entreprise le plan de restructuration ira beaucoup plus vite. C’est ainsi que de nombreuses firmes se retrouvent avec une dette tellement énorme, que leur propre production ne suffit pas à la résorber. Qualifiées « d’entreprises zombie » par la patronne du FMI, Christine Lagarde, ces société ne sont pas en mesure de rembourser leurs dettes professionnelles.

L’encours total des crédits en défaut de remboursement, ménages et entreprises confondues, atteindrait 921 milliards d’euros selon les chiffres de la Banque de France. La seule bonne nouvelle est que la barre se situait à 1000 milliards d’euros en 2015, soit le double de son niveau de 2009.

Si les mauvais crédits auto américains devaient pousser certaines sociétés financières en difficulté, l’effet domino pourrait affecter les banques européennes les plus fragiles. Parmi ces dernières, on peut citer la Banca Monte Dei Paschi di Siena et ses 17,36 % de prêts non performants. L’Irlandaise Allied Irish Banks ne fait pas mal non-plus avec 15,07 % de créances douteuses. Les banques françaises seraient toutefois protégées, la plus exposée étant la BNP Paribas qui compte 2,55 % de prêts non performants.

Fabien Belleinguer

Fondateur, administrateur et éditeur du site emprunter–malin.com, titulaire d'un bac de comptabilité (G2) obtenu en 1987. Blogueur sur les thèmes de l'argent et des assurances des particuliers depuis 2012, je choisis mes sources pour la pertinence de leurs chiffres et les analyse en toute indépendance. Pour les prix de l'immobilier : notaires, baromètre LPI SeLoger, baromètre FPI. Pour les taux des crédits : Banque de France, observatoire CSA/Crédit Logement.

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