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Quand les banques se plantent dans le calcul du TEG

Et pourtant tout est automatisé par informatique.

L’erreur bancaire est un business qui peut rapporter gros, autant à l’emprunteur floué qu’à l’avocat qui défend son dossier. En cause : des fautes dans le calcul du TEG (Taux Effectif Global), qui dans certains cas peuvent obliger la banque à rembourser son client. Rien d’étonnant à cela, même les économistes de renom s’emmêlent dans leurs formules mathématiques.

Une formule de calcul du TEG pourtant connue

Le taux effectif global ou annuel effectif global, est une mention obligatoire sur tout contrat de crédit, particulier ou professionnel. Alors que le taux nominal ne représente que le pourcentage auquel la banque prête à son client, le TEG inclut tous les frais. Il représente donc le coût total du crédit, ce qui inclut un grand nombre de paramètres.

Le calcul du TEG suit un modèle actuariel, dont les matheux trouveront la formule sur le site du CNRS. Bien entendu, le sympathique conseiller clientèle de l’agence bancaire n’a pas besoin de pianoter sur sa calculette. Dans la pratique tout est automatisé, il rentre les données fournies par le candidat emprunteur dans son système intranet, qui en ressort un contrat de prêt à la bonne odeur d’encre chaud de l’imprimante.

Et bien malgré ces systèmes informatiques élaborés, on retrouve des erreurs dans le calcul du TEG chez les plus grandes banques de France.

Et la gagnante est…

Le site Lerecours.com s’est amusé à éplucher 2779 dossiers « confiés par des particuliers dans le cadre de la vérification de la conformité de leur prêt immobilier ». Il en ressort un palmarès des banques qui font le plus d’erreurs, et oh surprise, sur la 1ère marche du podium on trouve le Crédit Foncier.

Et oui, 85 % des dossiers de la filiale du groupe BPCE comportent des erreurs dans le calcul du TEG. Mais le lecteur n’est pas au bout de ses surprises. Car en 2e position arrive la sainte Caisse d’Épargne, qui présente des erreurs dans 83 % des dossiers étudiés.

La première banque de détail du classement et la BNP Paribas, avec 81 % de fautes dans ses contrats de prêt immobilier. Un fossé sépare la 8e position détenue par la Banque Postale (64 %), de la 10e place du Crédit Mutuel (25 %), que l’on pourrait presque applaudir pour un si faible score.

D’où viennent les erreurs dans le calcul du TEG ?

La faute la plus couramment retrouvée au sein des contrats de crédit à l’habitat, est également la première source de revenus des avocats des emprunteurs. Plutôt que de compter une année de 365 jours, la banque prêteuse calcule son TEG sur une année lombarde dans 43 % des dossiers comportant des erreurs.

Tout prêt immobilier doit comporter une caution ou une hypothèque, mais dans 15 % des mauvais dossiers les banques les oublient, ou en minimisent le coût.

Le taux de période est un élément indissociable de la formule de calcul du TEG, car il s’applique à la période de remboursement, c’est-à-dire le mois. Croyez-le ou non, mais dans 14 % des contrats comportant des erreurs, le taux de période est tout simplement oublié.

L’assurance décès invalidité n’est pas obligatoire, mais elle peut être imposée par le prêteur. Elle est de toutes manières un outil indispensable en cas d’accident de la vie, afin de protéger sa famille. Et bien dans 9 % des mauvais dossiers, le coût de cette assurance crédit est mal évalué, ou tout simplement oublié.

Il semble que le calcul des frais de dossier soit mieux intégré dans les logiciels informatiques des banques. Car son absence dans le TEG ne se retrouve que dans 2 % des dossiers erronés.

Erreurs volontaires ou non?

Qu’un conseiller clientèle fasse une erreur dans le calcul du TEG en tapotant sa calculette, cela se comprend. Mais que des analystes payés quelques dizaines de milliers d’euros par an puissent rentrer la mauvaise formule dans leur logiciel informatif, cela laisse dubitatif.

Il y a certes la tentation des banques de minimiser leur TEG afin de ne pas perdre du terrain sur la concurrence. Car le candidat emprunteur bien informé sur Internet, sait comparer plusieurs offres préalables de crédit avec leur taux effectif global.

Toutefois l’erreur humaine n’est pas à écarter, ce genre d’étourderie a un précédent dans notre histoire contemporaine.

Carmen Reinhart et son acoolyte, l’ancien chef économiste du FMI (Fonds Monétaire International), Kenneth Rogoff, sont professeurs d’économie à la prestigieuse université Harvard. En 2010 ils mettent au point une formule mathématique permettant d’équilibrer la dette et la croissance. Ils incluent le calcul dans un fichier Excel, et tout le monde tombe d’accord pour utiliser la Grèce comme cobaye.

2 ans plus tard le jeune Thomas Herndon est chargé par ses professeurs de l’université du Massachussets, de reprendre le calcul des éminents économistes, histoire de se faire la main. L’étudiant y passe des heures et des heures, mais n’arrive pas au même résultat que Reinhart et Rogoff.

Après vérification avec ses professeurs la conclusion s’impose d’elle-même : les brillants professeurs se sont plantés dans leurs calculs.

Quelques mois plus tard le chef économiste du FMI, Olivier Blanchard, est forcé de faire le mea culpa de l’institution. Sauf qu’à la différence des erreurs bancaires, dans le cas de la Grèce c’est le client qui paye.

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